L’industrie logistique canadienne opère aujourd’hui sous un régime de stabilité retrouvée. Après la résolution du conflit social chez DHL Express Canada au printemps 2025, les chaînes d’approvisionnement nationales bénéficient d’une visibilité sans précédent. Mais les défis structurels du secteur, eux, sont loin d’être résolus.
Le 8 juin 2025, plus de 2 100 salariés de DHL Express Canada se sont mobilisés pour paralyser les livraisons à l’échelle nationale. Les membres d’Unifor à DHL Express Canada ont décidé de déclencher la grève, après avoir été mis en lock-out par leur employeur à minuit le même jour.
Quelles ont été les causes du conflit entre DHL et Unifor ?
La cause venait du marché qui a remonté jusqu’à l’employeur. Ainsi, ce dernier exigeait plusieurs concessions. Parmi lesquelles, il y a le changement du système de rémunération des chauffeurs qui aurait entraîné une perte de revenus, ainsi que l’obligation pour ces travailleurs de parcourir 100 km pour obtenir leur trajet. En outre, il doivent récupérer leur marchandise sans aucune rémunération, et voir une réduction de leur garantie quotidienne de chauffeurs.
De son côté, le syndicat Unifor a vigoureusement défendu une amélioration des salaires et des conditions de travail. Unifor réclamait initialement une hausse salariale horaire de 22 %, ainsi qu’une augmentation de plus de 40 % pour les propriétaires-exploitants en raison du coût de la vie. DHL avait contre-proposé une hausse de 15 % sur cinq ans, assortie d’avantages supplémentaires en matière de pension. Mais, cela ne semblait pas répondre aux attentes des employés.
Le contexte législatif a également amplifié les tensions : la résolution fructueuse du différend a établi un précédent historique, car il s’agissait du premier conflit à servir de test pour la nouvelle loi anti-briseurs de grève (C-58). « Il s’agit d’un différend historique dans les annales de notre syndicat », a déclaré Lana Payne, présidente nationale d’Unifor.
Quels impacts cette grève a-t-elle eus sur les livraisons au Canada ?
La grève a particulièrement affecté les envois sensibles au temps, y compris les fournitures médicales critiques et les composants de fabrication. Plusieurs hôpitaux avaient commencé à mettre en œuvre des plans d’urgence pour l’équipement médical spécialisé, tandis que des usines automobiles signalaient de potentiels ralentissements de production si le conflit s’était prolongé une troisième semaine.
Parmi les grands clients affectés figuraient le chinois Temu, Shein, Lululemon et Siemens Canada. La levée de la suspension a également soulagé des entreprises comme Lulus et Olive Young Global, qui avaient dû rediriger leur volume d’expéditions vers d’autres prestataires. Le syndicat Unifor avait également mis en garde contre de grosses perturbations lors du Grand Prix de Formule 1 de Montréal, dont l’édition 2026 est prévue du 22 au 24 mai avec DHL comme responsable du transport des voitures de course.
Quelle était la position du syndicat Unifor ?
L’accord de quatre ans récemment approuvé a recueilli une approbation de 72 % des membres du syndicat et a impacté plus de 2 100 employés de DHL Express Canada. Parmi lesquels des camionneurs, des coursiers et des personnels d’entrepôt et de bureau.
Les employés avaient voté à 97 % en faveur de la grève avant le début du conflit. Ce qui témoigne de la profondeur des frustrations accumulées.
Les risques additionnels pour le secteur de la livraison
La grève est survenue dans un contexte déjà tendu. 71 % des transporteurs identifient la pénurie de conducteurs comme leur principal risque pour 2026. La rareté de la main-d’œuvre continue d’impacter la planification, la gestion des tournées, les opérations d’entrepôt et la performance des transporteurs.
Les perturbations causées par le conflit DHL ont exacerbé des problèmes structurels déjà existants, dont les risques incluaient des retards en chaîne d’approvisionnement, des ruptures de stock et une insatisfaction accrue des clients finaux.
Comment UPS et FedEx Canada ont géré la crise
La crise a révélé des goulots d’étranglement : un manque de capacités d’absorption immédiate au niveau des principaux hubs a été observé, notamment à Toronto et Montréal. Plusieurs entreprises du secteur promotionnel et des PME ont dû se tourner en urgence vers FedEx, tout en exprimant des inquiétudes quant aux délais liés à l’afflux soudain de volume.
En 2026, les leçons ont été tirées. Ces transporteurs ont accéléré les investissements dans l’automatisation de leurs centres de tri et revu leurs contrats de contingence. Les supply chains entrent en 2026 sous la pression de la volatilité économique, des coûts logistiques élevés et des risques de perturbations mondiales. Sept dirigeants sur dix utilisent désormais l’IA dans des domaines comme le contrôle qualité, l’inspection et l’identification des risques
L’accord DHL-Unifor en détail : une convention solide jusqu’en 2029
Les travailleurs de DHL Express Canada ont ratifié une nouvelle convention collective le 30 juin 2025, mettant ainsi fin à la grève et au lock-out de trois semaines. L’accord de quatre ans comprend une augmentation salariale de 15,75 %, des augmentations de pension pour les travailleurs horaires et un nouveau régime de retraite pour les propriétaires-exploitants..
L’entente prévoit également des augmentations des prestations d’invalidité de courte et de longue durée ainsi que de nouvelles prestations pour la santé mentale. Le paquet inclut aussi une hausse des indemnités de départ. Et, fait notable, une mise à jour des dispositions concernant l’intelligence artificielle, la robotique et les politiques de télétravail. L’installation de la climatisation dans les véhicules des propriétaires-exploitants a aussi été actée.
En termes financiers, la première année du contrat inclut une augmentation immédiate de 5,5 %, suivie d’ajustements progressifs pour maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs jusqu’en 2029.
La logistique canadienne en 2026 : stabilité fragile, défis persistants
Avec un accord valide jusqu’en 2029 et une reprise à 100 % de sa capacité opérationnelle, DHL Canada sécurise les flux critiques de ses 50 000 clients. La baisse palpable de 12 % des délais moyens de livraison nationale depuis le début de l’année confirme le retour à la normale.
Cependant, les chaînes d’approvisionnement entrent en 2026 sous la pression de la volatilité économique, des exigences de durabilité plus strictes et des risques de perturbations mondiales. Les entreprises doivent réévaluer leur empreinte mondiale, recalculer le coût total de possession, diversifier leurs fournisseurs et repenser leurs itinéraires.
64 % des industriels ont déjà régionalisé leur production ou sont en train de le faire, rapprochant leurs réseaux des marchés locaux pour réduire l’exposition aux routes longues et volatiles. Cette transformation structure l’avenir logistique canadien vers plus de redondance et de résilience opérationnelle.
Aujourd’hui, en 2026, ces transporteurs ont tiré des leçons en accélérant les investissements. Ils ont particulièrement renforcé l’automatisation de leurs centres de tri. En même temps, ils ont revu leurs contrats de contingence pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement à l’approche du pic de Noël.
FAQs
La grève a entraîné d’importantes perturbations sur les livraisons nationales, affectant des entreprises clés comme Temu, Lululemon et Siemens. Mais aussi des chaînes médicales et industrielles. Elle a aussi mis en lumière la fragilité de l’infrastructure de livraison canadienne.
Oui pour DHL : l’entente de quatre ans a été ratifiée à 72 % par les membres d’Unifor et couvre plus de 2 100 employés jusqu’en 2029. Mais le secteur logistique canadien demeure structurellement sous tension, notamment en raison de la pénurie de chauffeurs et de la volatilité commerciale liée aux tarifs douaniers américains.
Ils ont absorbé une partie du volume de DHL en urgence. Depuis, ils ont accéléré leurs investissements dans l’automatisation et renforcé leurs plans de contingence pour améliorer leur résilience face à de futures ruptures.
Non. Les accords signés garantissent la continuité de service pour tous les contrats événementiels majeurs. DHL opère avec ses effectifs complets, et l’édition 2026 du Grand Prix (22-24 mai) bénéficie d’une sécurisation totale de la chaîne logistique.
Au-delà des hausses salariales, l’accord introduit pour la première fois des dispositions spécifiques sur l’intelligence artificielle, la robotique et le télétravail. C’est une première dans le secteur logistique canadien, qui anticipe les transformations technologiques à venir.




