Près d’un an après la résolution du conflit social ayant frappé DHL Express Canada au printemps 2025, les chaînes d’approvisionnement nationales bénéficient désormais d’une visibilité sans précédent.
Si la ratification de cet accord a ramené la paix sociale, cette crise a agi comme un révélateur des défis structurels profonds d’un secteur toujours sous tension. Retour analytique sur une paralysie qui a redéfini les standards du transport de marchandises en Amérique du Nord.
Les racines du conflit entre DHL
Le 8 juin 2025, plus de 2 100 salariés de DHL Express Canada, incluant des camionneurs, des coursiers et du personnel d’entrepôt, se sont mobilisés pour paralyser les livraisons à l’échelle nationale.
Ce mouvement de grève, voté à 97 % par les membres, répondait à un lock-out imposé par l’employeur à minuit le même jour. Les tensions trouvaient leur source dans des pressions du marché ayant poussé la direction à exiger des concessions drastiques.
L’entreprise souhaitait notamment modifier le système de rémunération des chauffeurs, imposer des trajets non rémunérés de 100 km pour récupérer la marchandise, et réduire les garanties quotidiennes de travail.
Face à ces exigences, le syndicat Unifor a opposé une résistance farouche. Initialement, les représentants syndicaux réclamaient une hausse salariale horaire de 22 % et une revalorisation de 40 % pour les propriétaires-exploitants. Et ce, afin de contrer l’inflation galopante.
La contre-proposition initiale de DHL, plafonnée à 15 % sur 5 ans, a été jugée nettement insuffisante. Ce conflit a pris une dimension politique inédite, car il a servi de premier test grandeur nature pour la nouvelle loi canadienne anti-briseurs de grève, désignée sous le nom de projet de loi C-58.
La présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a d’ailleurs qualifié ce bras de fer de différend historique dans les annales du syndicalisme canadien.
L’onde de choc sur les chaînes d’approvisionnement canadiennes
La paralysie du réseau a provoqué des ondes de choc immédiates sur les envois sensibles et urgents.
L’impact a été particulièrement sévère sur l’acheminement des fournitures médicales critiques et des composants de fabrication industrielle. Plusieurs centres hospitaliers ont dû déclencher des plans d’urgence pour sécuriser leur équipement spécialisé, tandis que le secteur automobile anticipait des arrêts de production en cas de prolongation de la grève.
Des géants du commerce mondial comme Temu, Shein, Lululemon ou encore Siemens Canada ont ainsi vu leurs opérations freinées nettes. D’autres acteurs comme Lulus et Olive Young Global ont été contraints de rediriger en urgence leurs volumes massifs vers des prestataires alternatifs.
La résolution du conflit a également sauvé in extremis l’organisation logistique du Grand Prix de Formule 1 de Montréal, pour lequel DHL assure traditionnellement le transport hypersensible des monoplaces.
Les détails de l’accord historique : salaires, IA et climatisation
Après trois semaines de blocage, les travailleurs ont ratifié à 72 % une nouvelle convention collective le 30 juin 2025. Un accord qui garantit la paix sociale jusqu’en 2029. Ce contrat de 4 ans entérine une augmentation salariale globale de 15,75 %, débutant par une hausse immédiate de 5,5 % la première année.
L’accord sécurise également le pouvoir d’achat futur par des ajustements progressifs et instaure un nouveau régime de retraite pour les propriétaires-exploitants. Les avancées sociales intègrent de meilleures prestations d’invalidité, des indemnités de départ revues à la hausse et l’ajout de couvertures dédiées à la santé mentale.
Toutefois, la véritable modernité de cet accord se trouve dans ses clauses technologiques. Pour la première fois dans le secteur, le contrat inclut des dispositions strictes encadrant l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’intégration de la robotique dans les entrepôts et les politiques de télétravail.
Sur un aspect plus pragmatique, le syndicat a également obtenu l’installation obligatoire de la climatisation dans les véhicules des propriétaires-exploitants.
Comment FedEx et UPS ont capitalisé sur la crise
Le retrait temporaire de DHL a brutalement mis en lumière les goulots d’étranglement de l’infrastructure nationale. Le marché a observé un manque critique de capacités d’absorption au sein des principaux hubs de Toronto et de Montréal.

Les concurrents directs, FedEx et UPS, ont dû absorber un afflux soudain de volumes provenant de PME paniquées. Ce qui a généré des inquiétudes sur leurs propres délais de traitement. En ce début d’année 2026, les leçons de cette crise ont été pleinement intégrées par ces acteurs concurrents.
Ils ont massivement accéléré leurs investissements dans l’automatisation de leurs centres de tri et ont drastiquement révisé leurs contrats de contingence pour garantir leur propre résilience opérationnelle face aux futurs pics d’activité.
La logistique canadienne en 2026 : entre résilience et pénurie de talents
Aujourd’hui, avec un accord robuste et une capacité opérationnelle restaurée à 100 %, DHL Canada a sécurisé les flux critiques de ses cinquante mille clients. Le pays confirme son retour à la normale par une réduction de 12 % de ses délais de livraison moyens.
Néanmoins, l’industrie dans son ensemble évolue sur un fil en 2026. Plus de 70 % des transporteurs désignent toujours la pénurie chronique de chauffeurs comme la menace absolue pour leurs opérations.
Pour contrer ces risques, combinés à la volatilité économique mondiale, plus de six industriels sur dix ont déjà entamé une régionalisation de leur production. En rapprochant les réseaux logistiques des marchés locaux, l’économie canadienne cherche à réduire son exposition aux routes longues et incertaines, structurant ainsi un avenir basé sur la redondance et l’agilité.
Foire Aux Questions
L’arrêt de travail de juin 2025 a paralysé les expéditions nationales urgentes, impactant sévèrement des acteurs du e-commerce comme Temu, mais aussi le secteur hospitalier et l’industrie automobile. Surtout, cette grève a révélé la fragilité de la bande passante logistique canadienne en cas de défaillance d’un acteur majeur.
La stabilité est garantie chez DHL grâce à un accord collectif ratifié par plus de deux mille employés, couvrant la période de 2025 à 2029. Cependant, le marché logistique canadien global reste fragile, sous la pression constante du manque de chauffeurs qualifiés et des tensions commerciales internationales.
Des acteurs comme FedEx et UPS ont dû absorber l’urgence dans la douleur, révélant la saturation de leurs propres hubs à Toronto et Montréal. Depuis cet épisode, ces entreprises ont lourdement investi dans l’automatisation de leurs entrepôts et repensé leurs plans de sécurité pour absorber d’éventuels futurs chocs de la demande.
Outre une augmentation de salaire approchant les 16 % sur quatre ans et de meilleures couvertures sociales, ce contrat se distingue par son approche futuriste. Il est l’un des premiers à encadrer légalement l’impact de la robotique et de l’intelligence artificielle sur le travail des logisticiens, tout en imposant la climatisation dans les camions pour le confort des chauffeurs.



