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Tribune : les données de transport, futures sources de revenu pour les entreprises ?

Par Jérôme Bamy, Manager, MidMarket Sales chez Samsara France

La télématique utilisée pour les flottes professionnelles existe depuis des décennies. Jusqu’à récemment, elle était surtout utilisée pour résoudre des problèmes spécifiques. Le routage GPS, par exemple, aide les conducteurs à planifier leurs déplacements et à trouver leur chemin sur des routes de plus en plus encombrées. Les caméras de surveillance sont pratiques pour enregistrer ce qui se passe devant soi et constituent un témoin impartial et précieux en cas d’incident. Certains capteurs permettent, quant à eux, de surveiller les organes vitaux du véhicule (moteur, freins, etc.) et d’éviter les pannes coûteuses en signalant les problèmes d’entretien avant qu’ils ne s’aggravent.

Aujourd’hui, cette approche cloisonnée de l’utilisation de la technologie pour résoudre des problèmes spécifiques aux flottes laisse place à des solutions intégrées uniques et connectées, basées sur le Cloud. Celles-ci permettent non seulement de résoudre des problèmes commerciaux et opérationnels spécifiques, mais aussi d’avoir une vue d’ensemble sur les activités de l’entreprise pour répondre plus efficacement aux objectifs stratégiques des dirigeants : réduire les coûts, améliorer les performances, accroître la productivité et rendre les opérations physiques plus sûres pour toutes les parties concernées.

Pourtant, malgré le passage à des opérations connectées et l’adoption de solutions IoT (Internet des objets) à l’échelle de l’entreprise, nombreuses sont les personnes dans les secteurs du transport, de la logistique et de l’industrie qui ne mesurent pas encore tout le potentiel des systèmes digitaux connectés et des données qu’ils produisent.

Monétisation des données des véhicules : vers un nouveau modèle économique

Les flottes qui ont déjà investi dans des systèmes télématiques à l’échelle de l’entreprise monétisent déjà indirectement leurs données. Comment ? En économisant de l’argent.

Les économies réalisées grâce à des opérations plus efficaces, à la digitalisation des processus, à l’amélioration de la sécurité et aux gains d’efficacité peuvent être substantielles. À titre d’exemple, le pôle Environnement du Groupe Nicollin économise environ 750.000 litres de carburant par an en utilisant la télématique connectée pour surveiller la consommation de carburant et réduire la marche au ralenti des moteurs de sa flotte.

L’entreprise Dott, bien connue pour ses trottinettes électriques en libre-service dans les grandes villes, a quant à elle réduit de 33% le nombre d’accident – et de 38% le nombre d’accidents responsables – de ses techniciens assurant les tournées quotidiennes d’entretien, grâce aux données de conduites et aux caméras embarquées. En plus de renforcer la sécurité de ses collaborateurs, cette diminution significative des accidents se traduit naturellement par des économies d’argent et de temps.

L’analyse des données, prérequis indispensable à leur monétisation

Ce qui est clair, c’est que l’analyse des données peut faire une différence considérable en termes de résultats. Mais ce n’est qu’un début.

L’assurance au kilomètre, également appelée « Pay as you drive » (PAYD), est un domaine qui met en évidence la valeur des données. Cette approche de l’assurance automobile axée sur les données signifie qu’en permettant aux assureurs d’accéder à leurs données, les gestionnaires de flottes peuvent négocier des réductions plus importantes sur leurs primes.

Cette approche est défendue par la société britannique Flock, un nouveau type d’entreprise axée sur les données qui remet en question les approches traditionnelles de l’assurance. Son business model en temps réel, fondé sur les données, lui permet de fixer le prix de l’assurance des véhicules connectés à la seconde, tout en donnant aux propriétaires de flottes les informations dont ils ont besoin pour améliorer la sécurité et faire baisser les primes.

Selon le fondateur et directeur de la stratégie, Antton Peña, les données télématiques en temps réel sont la clé pour permettre et encourager une conduite plus sûre et réduire les coûts d’assurance.

Cependant, la grande question pour beaucoup est de savoir si les entreprises vont être en mesure non seulement de monétiser leurs données en réalisant des économies et des gains d’efficacité, mais aussi de les vendre et de générer des revenus.

La monétisation des données peut-elle générer des revenus ?

À mon avis, oui, mais nous n’en sommes pas encore là. Après tout, pour toute transaction, il faut un acheteur et un vendeur. À l’heure actuelle, les opérateurs de flotte n’ont nulle possibilité de « vendre » leurs données en échange d’une somme d’argent. Même s’ils le pouvaient, cela soulèverait un certain nombre de questions, notamment en ce qui concerne la sécurité, la confidentialité et la protection des données.

En outre, les données pourraient un jour devenir l’élément central d’une stratégie nationale de transport menée par le gouvernement. Ces informations nationales pourraient alors être monétisées par les gouvernements, ce qui permettrait de lever des fonds pour le trésor public.

Par ailleurs, des organismes publics tels que l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR) pourraient acheter des données qui serviraient à étayer la politique et la législation en matière de sécurité en s’appuyant sur des données en temps réel plutôt que sur des années de recherche. L’ONISR pourrait également être encouragé à acheter des données afin d’améliorer l’aptitude à la conduite de la prochaine génération de conducteurs.

Les conducteurs qui viennent de passer leur examen – ou ceux qui ont accumulé un certain nombre de points de pénalité – pourraient « vendre » leurs données à l’ONISR dans le cadre d’un classement personnel de sécurité au volant, afin d’améliorer le processus d’évaluation établi (réussite/échec).

Les données n’ont de valeur que si elles sont exploitées

Quelles que soient les possibilités, le débat sur la monétisation des données revient invariablement au même point de friction : il est impossible de monétiser les données tant qu’on n’en connaît pas la valeur. C’est le défi auquel sont confrontés les opérateurs de flotte aujourd’hui. Ils doivent comprendre que les données ne sont pas seulement un sous-produit de la télématique, mais qu’elles ont une valeur réelle.

En exploitant les données, ils peuvent commencer à créer un jumeau numérique de leur organisation qui identifie les domaines dans lesquels des économies considérables peuvent être réalisées. Qu’il s’agisse d’économiser de l’argent sur le carburant ou de rationaliser les processus administratifs, cette approche indirecte de la monétisation des données est un point d’entrée clé pour aider les entreprises à comprendre la valeur des données.

Enfin, la qualité des données et la manière dont elles sont présentées doivent être significatives et fournir les informations nécessaires pour que les entreprises puissent tirer profit de cet atout si précieux.

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