Tribune : télématique en 2030, quels sont les enjeux pour le transport et la logistique ?

Connecté, Autonome, Partagé et Electrique (CASE), l’avenir du secteur transport et logistique est porté par l’avancement technologique et l’adoption croissante de systèmes d’information embarqués.

Par Annick Renoux, Directrice des Régions France et Benelux pour Webfleet, filiale de Bridgestone Mobility Solutions.

D’ici 2030, 100 % des nouveaux véhicules seront nativement connectés. Pour répondre aux défis actuels du secteur, la télématique adresse les problématiques suivantes : augmentation des CAPEX & OPEX, pénurie et fatigue des chauffeurs, inadéquation de l’offre et de la demande, faible utilisation des actifs et adaptation nécessaire et rapide à la transition énergétique.

L’expansion des applications télématiques (géolocalisation, caméra embarquée, IA et aide à la conduite) ouvrent la porte à de nouveaux modes de croissance. La digitalisation du secteur transport via les camions connectés devrait évoluer vers la création de services à la demande (« Truck as a service »). À terme, cette digitalisation favorisera l’émergence de plateformes centralisées (“Big players”) au cœur d’un secteur de plus en plus défragmenté.

La normalisation et la généralisation de la conduite autonome d’ici 2030 dépendra de l’évolution du cadre technologique et légal. La tendance va vers une mise en œuvre progressive de niveaux d’autonomie de plus en plus avancés, classés de 0 à 5 par la Société des Ingénieurs (SAE) : 1 sans les pieds, 2 sans les mains, 3 sans les yeux, 4 sans attention. Le niveau 5 équivaut à un niveau d’autonomie totale avec transfert de responsabilité vers la machine.

Au-delà de l’aspect technologique et législatif, se pose la question de la viabilité économique et du coût au kilomètre du camion autonome. Le roulage de point à point entre grands centres logistiques émerge comme un premier cas d’usage possible pour la conduite autonome. Son adoption devrait être progressive et réservée à certains usages spécifiques comme le roulage en convoi (“platooning”) longue distance sur autoroute. La première étape probable étant qu’un conducteur prenne le volant du tracteur de tête, suivi par 2 à 3 tracteurs en conduite autonome.

D’ici 2030, le fret routier en Europe devra réduire de 45 % ses émissions de CO2 et répondre aux objectifs fixés par la Commission européenne. Tous les acteurs de la chaîne de valeur (transporteurs, constructeurs, gouvernements, exploitants d’infrastructures) ont pour ambition de jouer leur rôle dans la quête du zéro émissions. En pratique, la course à la neutralité carbone dépend aujourd’hui de deux options : la batterie électrique et l’hydrogène.

En l’état actuel de la technologie, les poids lourds électriques alimentés par batterie semblent mieux adaptés aux trajets courts, urbains et régionaux. Leur adoption sur autoroute se heurte à la question de l’autonomie, du poids des batteries et de la puissance électrique nécessaire pour satisfaire les besoins de recharge simultanés d’un grand nombre de camions.

Pour pallier la problématique des batteries, des projets “d’autoroute électriques” alimentés par caténaires sont à l’étude. Une portion de test de 2 kilomètres devrait voir le jour d’ici 2026 en France. Mais la viabilité du modèle économique reste à définir.

Souvent évoqués comme solution, les camions à hydrogène répondent aux besoins théoriques des trajets autoroutiers. Les piles à hydrogène sont toutefois coûteuses et il faudrait investir à très grande échelle dans la production et l’infrastructure de l’hydrogène pour en faire une option viable.

A l’horizon 2030, la digitalisation accrue du secteur transport donnera vie à un écosystème plus centralisé, optimisé et durable. L’adoption à grande échelle de la télématique verra l’éclosion de nouveaux modèles économiques et de flottes pilotées par la donnée. Nous sommes en train de bâtir les fondations d’une transition réussie, reste à l’ensemble des acteurs et parties prenantes à la faire émerger de la plus belle des manières.

Une sélection de précédentes tribunes : 
Tribune : émissions carbone dans le transport, comment harmoniser et fiabiliser les méthodes de calcul
Tribune : les données de transport, futures sources de revenu pour les entreprises ?
Tribune : la gestion des appareils mobiles bloquée dans la chaîne d’approvisionnement

ARTICLES SIMILAIRES

Kuehne+Nagel mise sur les étiquettes intelligentes

Kuehne+Nagel et Chorusview Inc. annoncent l’extension de leur réseau mondial de lecteurs intelligents, désormais intégré

15 décembre 2025

Supply chain : priorité à la coordination, pas au surstock

Yves Guillo, Senior Manager Supply Chain chez EFESO Management Consultants, appelle à repenser le pilotage

11 décembre 2025

Chaînes logistiques en 2026 : repenser pour résister

Les chaînes logistiques doivent gagner en flexibilité et résilience pour affronter 2026, selon Alpega. La

10 décembre 2025

7 révolutions technologiques qui ont faconné la supply chain durant 2025

En 2025, la supply chain connaît une transformation profonde portée par une série de dix

4 décembre 2025

Réalité augmentée et IA en entrepôt chez Dior

Dior transforme sa chaîne logistique avec Scandit et Hardis WMS. La maison de luxe mise

3 décembre 2025

Blockchain & supply chain : un marché estimé à 95,5 milliards $ d’ici 2033

Propulsée par une demande croissante de transparence, de traçabilité et de résilience, la blockchain s’impose

3 décembre 2025

1 réflexion au sujet de « Tribune : télématique en 2030, quels sont les enjeux pour le transport et la logistique ? »

  1. merci pour toutes ces nouvelles réponses suite aux évolutions pour la logistique notamment dans les années à venir.

Les commentaires sont fermés.